Le mois intercalaire 閏月
Tous les deux ou trois ans, le calendrier chinois double un mois. Ce mois intercalaire (閏月, rùn yuè) n’est pas une fantaisie : c’est la réponse mathématique à un problème vieux comme l’astronomie.
Douze lunaisons ne font pas une année
Une lunaison — le temps qui sépare deux nouvelles lunes — dure environ 29,53 jours. Douze lunaisons totalisent donc à peu près 354 jours. Or l’année des saisons, celle du retour du soleil au même point, dure 365,24 jours. L’écart est d’environ onze jours par an.
Sans correction, le Nouvel An dériverait. En trois ans, il reculerait d’un mois entier ; en seize ans, il tomberait en plein été. C’est exactement ce qui se produit dans le calendrier musulman, purement lunaire, où le Ramadan traverse toutes les saisons. Le calendrier chinois, lui, a choisi de rester luni-solaire : ses mois suivent la Lune, mais son année reste accrochée au Soleil.
La solution : ajouter un treizième mois
Onze jours perdus chaque année, cela fait environ trente-trois jours en trois ans — soit un peu plus qu’une lunaison. La correction consiste donc à insérer un mois supplémentaire environ sept fois toutes les dix-neuf années. Ce rapport n’est pas arbitraire : 19 années solaires valent presque exactement 235 lunaisons, soit 12 × 19 + 7. Les astronomes grecs connaissaient cette coïncidence sous le nom de cycle métonique ; les astronomes chinois l’avaient identifiée de leur côté, où on l’appelait le cycle zhāng.
Une année ordinaire compte ainsi 353, 354 ou 355 jours ; une année intercalaire en compte 383, 384 ou 385.
Quel mois est doublé ? La règle du zhongqi
Ici intervient une élégance dont la vulgarisation parle rarement. Les vingt-quatre périodes solaires se divisent en deux séries alternantes de douze : les jiéqì proprement dits, et les zhōngqì (中氣), les « souffles médians ». Chaque mois lunaire normal doit contenir un zhongqi.
Mais un mois lunaire dure 29,5 jours quand l’intervalle entre deux zhongqi en dure environ 30,4. Inévitablement, tôt ou tard, un mois lunaire tombe entièrement entre deux zhongqi, sans en contenir aucun. C’est lui, et précisément lui, que l’on déclare intercalaire. Il ne reçoit pas de numéro propre : il reprend celui du mois précédent, préfixé de rùn. Après un cinquième mois vient un « cinquième mois intercalaire », puis le sixième.
Une conséquence pratique : la date de naissance
Un anniversaire tombant dans un mois intercalaire pose un vrai problème, car ce mois ne revient pas l’année suivante. L’usage veut alors qu’on le célèbre dans le mois ordinaire portant le même numéro. Certaines familles préfèrent attendre le prochain retour du mois intercalaire correspondant — ce qui peut demander des décennies.
Autre effet, moins connu : le mois intercalaire n’a pas de branche terrestre propre. Pour un thème de Ba Zi, le pilier du mois ne se calcule donc pas sur le mois lunaire mais sur les périodes solaires. Le calendrier lunaire découpe la vie sociale ; le calendrier solaire découpe l’astrologie. Les deux coexistent sans se confondre.
Pourquoi le Nouvel An se déplace
Le Nouvel An chinois tombe à la nouvelle lune qui précède immédiatement le début du printemps astronomique. Il oscille donc entre le 21 janvier et le 21 février. Cette fenêtre d’un mois est exactement l’amplitude de la dérive lunaire, corrigée périodiquement par le mois intercalaire.
Quand une année intercalaire vient de s’écouler, le Nouvel An suivant tombe tard ; quand plusieurs années ordinaires se sont enchaînées, il tombe tôt. Le balancier reprend, indéfiniment.
À prendre comme un éclairage
Le mois intercalaire est un objet astronomique et mathématique, pas un présage. Les traditions populaires lui prêtent parfois une influence sur la chance ou sur les mariages : rien ne l’étaye. Ce qui mérite l’admiration, c’est la précision d’un système capable, il y a plus de deux mille ans, de réconcilier la Lune et le Soleil à quelques minutes près.
Votre pierre selon votre signe
Questions fréquentes
Tous les combien y a-t-il un mois intercalaire ?
Sept fois par cycle de dix-neuf ans, soit tous les deux ou trois ans. Ce rythme découle du fait que dix-neuf années solaires équivalent presque exactement à 235 lunaisons.
Comment sait-on quel mois sera doublé ?
C’est le premier mois lunaire qui ne contient aucun zhongqi, l’une des douze périodes solaires médianes. Il reprend le numéro du mois précédent, préfixé de rùn.
Peut-il y avoir un premier mois intercalaire ?
C’est théoriquement possible mais extrêmement rare, car le premier mois contient presque toujours un zhongqi. Les mois doublés se concentrent au printemps et en été.
Le mois intercalaire change-t-il mon signe chinois ?
Non. Le signe dépend de l’année, pas du mois. En revanche, il n’a pas de branche terrestre propre, ce qui explique que le pilier du mois en Ba Zi se calcule sur les périodes solaires.
Le calendrier chinois est-il lunaire ?
Il est luni-solaire. Ses mois suivent les phases de la Lune, mais l’insertion du mois intercalaire le maintient aligné sur les saisons solaires.
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Sources : Wikipedia — Chinese calendar · Britannica — Metonic cycle.