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Histoire du calendrier chinois

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Plus de cent réformes en deux millénaires. Nommer le temps était un acte de souveraineté : chaque dynastie a voulu son calendrier, et l’a imposé par décret.

Le calendrier, attribut du pouvoir

En Chine impériale, publier le calendrier n’était pas un service public : c’était une prérogative du Fils du Ciel. Accepter le calendrier d’un empereur, c’était reconnaître son autorité ; en imprimer un autre relevait de la sédition. Les royaumes tributaires recevaient chaque année l’almanach impérial, geste diplomatique autant que technique.

C’est pourquoi l’histoire du calendrier chinois n’est pas seulement une histoire d’astronomie. C’est aussi une histoire de légitimité, de bureaux, de défiances et parfois d’exécutions.

104 av. J.-C. : la réforme Taichu

Sous l’empereur Wu des Han, la réforme dite Taichu (太初) fixe l’architecture que nous connaissons encore : un calendrier luni-solaire, un mois intercalaire inséré selon la règle des souffles médians, et le premier mois de l’année placé au mois du Tigre — celui de Lichun.

Avant Taichu, l’année commençait ailleurs selon les dynasties : au dixième mois sous les Qin, au douzième sous les Shang. Le début de l’année n’a rien de naturel : c’est une décision politique, révisable.

Une longue série d’affinements

Ve siècle · Zu ChongzhiIl calcule la valeur de l’année tropique et de la lunaison avec une précision qui ne sera égalée en Europe qu’un millénaire plus tard.
VIIe siècle · Calendrier WuyinPremière prise en compte du mouvement inégal du Soleil pour placer les mois : la lunaison cesse d’être traitée comme constante.
XIIIe siècle · ShoushiGuo Shoujing donne à l’année la valeur 365,2425 jours — exactement celle du calendrier grégorien, trois siècles avant Grégoire XIII.
Le prix de l’erreurUn calendrier qui manque une éclipse discrédite la dynastie. Des astronomes de cour ont été châtiés pour des prévisions fautives.

1645 : les jésuites au Bureau astronomique

À la fin des Ming, le calendrier officiel accumule les erreurs de prévision d’éclipses. Les missionnaires jésuites, arrivés avec les tables européennes, proposent leurs calculs. Après des concours publics de prédiction — que les jésuites remportent — les Qing adoptent en 1645 le calendrier Shixian (時憾), élaboré sous la direction d’Adam Schall von Bell.

La nouveauté technique est majeure : les vingt-quatre périodes solaires cessent d’être calculées en divisant l’année en arcs de temps égaux, pour l’être en divisant l’écliptique en arcs de quinze degrés. La durée des périodes devient inégale, comme l’est la vitesse apparente du Soleil.

L’épisode ne fut pas paisible. Schall fut condamné à mort en 1664 à l’issue d’une cabale mandarinale, avant d’être gracié. Plusieurs de ses collaborateurs chinois furent, eux, exécutés. Un calendrier peut coûter des vies.

1912 : deux calendriers pour un pays

La République de Chine adopte le calendrier grégorien au 1er janvier 1912. Le calendrier traditionnel n’est pas aboli : il devient le calendrier des fêtes, de l’agriculture et des rites. La République populaire confirmera ce partage en 1949.

Une dernière précision, technique et lourde de conséquences : depuis 1929, les calculs du calendrier chinois se font au méridien 120° Est, celui de l’heure standard de Pékin. Auparavant, on utilisait le méridien de la capitale, soit 116°25’. Ce changement de référence a déplacé certaines nouvelles lunes d’un jour — et donc certains Nouvels Ans. Les tables anciennes et modernes ne concordent pas toujours pour les naissances d’avant 1929.

Et l’empereur Jaune ?

On lit souvent que le calendrier chinois aurait été institué par Huangdi, l’empereur Jaune, en 2637 avant notre ère, ce qui ferait de 2026 l’an 4723. Cette datation est une reconstruction tardive, popularisée par des lettrés jésuites puis par les nationalistes du début du XXe siècle, qui cherchaient une ère chinoise comparable à l’ère chrétienne.

Il n’existe aucune numérotation continue des années dans la Chine impériale. On datait par règne, par ère, et par binôme sexagésimal. L’an 4723 est une commodité moderne, pas une tradition.

À prendre comme un éclairage

Cette page relève de l’histoire des sciences, et tout ce qu’elle avance est documenté. Elle sert aussi de garde-fou : un système qui a été réformé plus de cent fois, sous pression politique autant qu’astronomique, n’est pas une révélation immuable. C’est une œuvre humaine, admirable et perfectible.

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Questions fréquentes

Quel âge a le calendrier chinois ?

Son architecture actuelle remonte à la réforme Taichu de 104 av. J.-C., mais ses éléments — branches, troncs, cycle de soixante — sont attestés bien plus tôt, sur les os oraculaires des Shang.

Sommes-nous vraiment en l’an 4723 ?

Non, pas au sens d’une tradition continue. Cette numérotation depuis l’empereur Jaune est une reconstruction moderne. La Chine impériale datait par règne et par binôme sexagésimal.

Les jésuites ont-ils vraiment réformé le calendrier ?

Oui. Le calendrier Shixian, adopté en 1645 sous la direction d’Adam Schall von Bell, a introduit le découpage des périodes solaires en arcs de quinze degrés d’écliptique.

Pourquoi les tables anciennes divergent-elles ?

Parce que le méridien de référence a changé en 1929, passant de celui de Pékin au 120e degré Est. Certaines nouvelles lunes basculent d’un jour.

Le calendrier traditionnel est-il encore officiel ?

Non. La Chine utilise le calendrier grégorien depuis 1912 pour l’administration. Le calendrier traditionnel régit les fêtes, les rites et l’agriculture.

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Sources : Wikipedia — Chinese calendar · Britannica — Adam Schall von Bell · Britannica — Guo Shoujing.