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Hé Tú & Luò Shū 河圖洛書

Carré magiqueDiagrammes fondateursBase du Ba Gua

Avant les hexagrammes, avant les étoiles volantes, il y a deux figures : le Hé Tú, sorti d’un fleuve, et le Luò Shū, le premier carré magique 3×3 de l’histoire. Deux diagrammes que la tradition place à l’origine de toute la cosmologie chinoise.

Deux diagrammes, une légende

Le 河圖 Hé Tú (« diagramme du fleuve Jaune ») et le 洛書 Luò Shū (« écrit de la rivière Luo ») sont deux arrangements de points, noirs et blancs, que la tradition chinoise considère comme les matrices numériques du cosmos. Ils ne représentent pas des objets : ils codent des relations entre des nombres, et par là entre les forces du monde.

La légende leur donne une naissance merveilleuse. Le Hé Tú serait apparu sur le dos d’un cheval-dragon surgi du fleuve Jaune, au temps du souverain mythique Fu Xi ; le Luò Shū, sur la carapace d’une tortue sortie de la rivière Luo, sous le Grand Yu, dompteur des crues. Ces récits ne sont pas à prendre au pied de la lettre : ils disent, dans le langage du mythe, que ces figures ont été « reçues » plutôt qu’inventées, et qu’elles appartiennent au fond le plus ancien de la pensée chinoise.

Le Hé Tú : l’ordre de l’engendrement

Le Hé Tú dispose les nombres de 1 à 10 en cinq couples, associés aux quatre orientations et au centre. Les nombres impairs (1, 3, 5, 7, 9), figurés par des points blancs, sont dits célestes et yang ; les nombres pairs (2, 4, 6, 8, 10), en points noirs, sont dits terrestres et yin. Le diagramme met ainsi en scène l’alternance du Yin et du Yang sous forme chiffrée.

Chaque couple se rattache à l’un des cinq éléments : 1 et 6 à l’Eau au Nord, 2 et 7 au Feu au Sud, 3 et 8 au Bois à l’Est, 4 et 9 au Métal à l’Ouest, 5 et 10 à la Terre au centre. Dans la tradition, le Hé Tú décrit le cycle d’engendrement harmonieux, le mouvement par lequel les éléments se donnent naissance les uns aux autres : c’est un ordre statique, celui du monde en repos.

Le Luò Shū : le premier carré magique

Le Luò Shū est plus célèbre encore, car il constitue le plus ancien carré magique connu. Les nombres de 1 à 9 y sont répartis dans une grille de trois cases sur trois, de telle sorte que chaque ligne, chaque colonne et chaque diagonale totalise 15. Le 5 occupe le centre ; les nombres pairs se logent aux quatre coins, les impairs aux quatre côtés.

Une propriété mathématique réelleLa somme constante de 15 est un fait vérifiable, indépendant de toute croyance : c’est de la combinatoire, et le Luò Shū a fasciné les mathématiciens du monde entier.
Une lecture cosmologiqueLa tradition y voit l’ordre dynamique du monde : le mouvement des énergies, là où le Hé Tú décrit leur repos.

C’est cette grille 3×3 qui deviendra, des siècles plus tard, la matrice des neuf étoiles volantes du feng shui : chaque case correspond à une direction, une étoile et une qualité d’énergie qui se déplacent au fil du temps.

Du diagramme au Ba Gua

Le lien le plus important est celui qui relie ces figures au Ba Gua (八卦), les huit trigrammes. La tradition distingue deux arrangements du Ba Gua : celui dit « du Ciel antérieur » (Fu Xi), rattaché au Hé Tú et à l’ordre idéal ; et celui « du Ciel postérieur » (Roi Wen), rattaché au Luò Shū et à l’ordre du monde manifesté. C’est ce second arrangement, superposé à la grille du Luò Shū, qui sert de base au feng shui pratique.

De là découle toute une famille de savoirs : le calcul du nombre Kua et des huit directions, la lecture du Luo Pan (dont les anneaux intègrent le Luò Shū), et l’architecture des cycles du San Yuan Jiu Yun. Même le Yi King et ses hexagrammes se rattachent, dans la lecture traditionnelle, aux trigrammes issus de ces diagrammes.

Ce que l’histoire nous apprend

Il faut ici distinguer deux plans. Sur le plan mathématique, le Luò Shū est un objet réel et remarquable : c’est le carré magique d’ordre 3, unique à symétrie près, dont la propriété de somme constante ne doit rien à la tradition. Sur le plan historique, en revanche, l’association systématique de ces diagrammes au Yi King et au Ba Gua est tardive : elle se fixe surtout sous les Song (à partir du XIe siècle), quand des lettrés comme Chen Tuan et Shao Yong reconstruisent une cosmologie des nombres. Les récits de la tortue et du cheval-dragon sont, eux, de l’ordre du mythe fondateur.

Dire cela ne diminue pas ces figures : cela les situe. Le Hé Tú et le Luò Shū sont à la fois un objet mathématique authentique et un puissant symbole culturel, autour duquel la pensée chinoise a organisé sa vision de l’ordre du monde. Les praticiens les considèrent comme la source ; l’historien y voit une construction progressive. Les deux lectures peuvent coexister.

Lire la grille du Luò Shū

La façon la plus simple de saisir le Luò Shū est de dessiner sa grille. Disposés selon la tradition, les neuf nombres se lisent en trois rangées :

Rangée du haut4 – 9 – 2
Rangée du milieu3 – 5 – 7
Rangée du bas8 – 1 – 6
La vérificationChaque ligne, colonne et diagonale donne 15 : 4+9+2, 3+5+7, 8+1+6, mais aussi 4+3+8 ou 2+5+8.

Le 5 occupe le centre, pivot de la figure ; le 1 se place en bas (le Nord, l’Eau) et le 9 en haut (le Sud, le Feu), selon la convention chinoise qui met le Sud vers le haut. Cette orientation explique le rôle si particulier du nombre 9 dans le feng shui de la Période 9 : la grille du Luò Shū y sert de plan de répartition des énergies dans l’espace.

Une figure entre nombre et symbole

Le carré du Luò Shū n’a pas seulement inspiré les cosmologues : il a traversé les mathématiques chinoises. On le retrouve commenté par des lettrés des dynasties Song et Yuan, à l’époque où le savant Yang Hui (XIIIe siècle) étudie systématiquement les carrés magiques. Bien avant les débats sur son sens, la figure existait donc comme un objet de curiosité numérique, transmis de génération en génération.

C’est cette double nature qui fait sa force : un fait mathématique vérifiable d’un côté, une clé symbolique de l’autre. La tradition l’a placé au fondement du Yi King, du Ba Gua et de tout le feng shui de calcul que décrit l’école de la Boussole. Comprendre le Luò Shū, c’est tenir le fil qui relie l’arithmétique la plus concrète à la pensée cosmologique la plus abstraite—sans confondre les deux : la somme de 15 se démontre, la lecture énergétique, elle, relève de la croyance.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre le He Tu et le Luo Shu ?

Le He Tu (diagramme du fleuve Jaune) dispose les nombres 1 à 10 et décrit l’ordre statique d’engendrement des éléments. Le Luo Shu (écrit de la rivière Luo) dispose les nombres 1 à 9 en un carré magique 3×3 et décrit l’ordre dynamique du monde.

Pourquoi le Luo Shu est-il un carré magique ?

Parce que ses neuf nombres sont disposés pour que chaque ligne, colonne et diagonale totalise 15. C’est le plus ancien carré magique connu et l’unique carré magique d’ordre 3 à symétrie près.

Quel est le lien avec le feng shui ?

La grille 3×3 du Luo Shu sert de matrice aux neuf étoiles volantes et au Ba Gua du Ciel postérieur : chaque case y devient une direction, une étoile et une qualité d’énergie.

Ces diagrammes sont-ils vraiment sortis d’un fleuve ?

Non : la tortue de la rivière Luo et le cheval-dragon du fleuve Jaune sont des mythes fondateurs. Ils expriment l’idée que ces figures ont été « reçues » du cosmos, non l’histoire réelle de leur composition.

Le carré magique a-t-il une valeur mathématique réelle ?

Oui, absolument. La somme constante de 15 est un fait de combinatoire, indépendant de toute croyance. C’est la lecture cosmologique qui relève, elle, de la tradition.

Comment se dispose la grille du Luo Shu ?

En trois rangées : 4-9-2 en haut, 3-5-7 au milieu, 8-1-6 en bas. Le 5 est au centre, le 9 en haut (Sud, Feu) et le 1 en bas (Nord, Eau). Chaque ligne, colonne et diagonale totalise 15.

Le Luo Shu a-t-il inspiré les mathématiciens ?

Oui. Dès les dynasties Song et Yuan, des lettrés comme Yang Hui étudient les carrés magiques ; le Luo Shu en est le plus ancien exemple connu, transmis d’abord comme une curiosité numérique.

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Sources : Wikipedia — Lo Shu Square · Wikipedia — Hetu and Luoshu · Wikipedia — Bagua.