Le Tong Shu 通書
Le livre le plus imprimé de l’histoire chinoise après les classiques : un almanach qui, pour chaque jour de l’année, dit ce qu’il convient de faire — et ce qu’il vaut mieux éviter.
Un livre dans chaque foyer
Le Tong Shu (通書, « livre qui traverse tout »), souvent appelé Tong Sheng par euphémisme, est l’almanach traditionnel chinois. On y trouve, jour après jour : la date lunaire et solaire, le binôme tronc-branche du jour, la loge lunaire qui le gouverne, le jour-officier, les directions favorables, et surtout deux colonnes qui font toute la réputation du livre : yí (宜, il convient de) et jì (忌, il faut éviter).
Les plus anciens exemplaires imprimés connus datent des Tang : un calendrier de 877, retrouvé dans les grottes de Dunhuang, en est l’ancêtre direct. Sous les Qing, la publication du calendrier officiel était un monopole impérial : imprimer un almanach concurrent était un crime, car nommer le temps, c’était exercer le pouvoir.
Yi et Ji : ce qu’on peut faire, ce qu’on doit fuir
Chaque jour porte une liste d’activités recommandées et une liste d’activités prohibées. Ces listes sont extraordinairement précises et couvrent la vie entière d’une société agraire.
Un détail mérite d’être souligné : les listes ne sont pas des prédictions. Elles n’annoncent pas ce qui arrivera. Elles prescrivent un comportement rituel, dans une logique de correspondance entre l’action humaine et l’état supposé du cosmos ce jour-là. C’est une grammaire, pas un oracle.
Comment le jour est qualifié
La qualification d’un jour résulte de la superposition de plusieurs systèmes indépendants, chacun développé à une époque différente : le binôme tronc-branche du jour et son rapport à celui de l’année ; le cycle des douze jours-officiers ; la loge lunaire ; le cycle des neuf étoiles ; les esprits fastes et néfastes, dont le célèbre Tai Sui.
Ces couches se contredisent régulièrement. Un même jour peut être faste selon les jours-officiers et néfaste selon la loge lunaire. Les almanachs résolvent ces conflits par des règles de priorité qui varient d’une édition à l’autre — ce qui explique que deux Tong Shu de la même année ne recommandent pas toujours les mêmes jours. Cette absence de convergence est un fait, et un lecteur honnête doit le savoir.
Le choix de date (Ze Ri)
L’art de sélectionner un jour favorable porte un nom : zé rì (擇日). Il reste vivace à Hong Kong, à Taïwan et en Asie du Sud-Est pour les mariages, les déménagements, l’ouverture d’un magasin ou la pose d’une première pierre. Certaines entreprises de construction consultent encore un spécialiste avant de couler les fondations.
La pratique produit un effet observable : les jours réputés fastes voient une concentration mesurable de mariages dans les états civils asiatiques. Il ne s’agit pas d’une confirmation de l’almanach : c’est la croyance qui déplace les décisions, pas le ciel.
Ce que l’almanach contient d’utile
Réduire le Tong Shu à sa dimension divinatoire serait injuste. C’est aussi un recueil pratique : tables de conversion des dates, calendrier agricole des vingt-quatre périodes solaires, heures de marée, recettes médicinales, tableaux de mesures, formulaires de courrier, calendrier des fêtes. Pendant des siècles, il fut dans bien des foyers ruraux le seul livre possédé, et le premier support d’alphabétisation.
À prendre comme un éclairage
Le Tong Shu est un objet d’histoire culturelle de première importance. Rien n’indique qu’un jour soit objectivement plus favorable qu’un autre pour se marier, signer ou déménager ; ses recommandations médicales, en particulier, ne doivent en aucun cas guider une décision de santé. Consultez un professionnel, pas un almanach.
Votre pierre selon votre signe
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Tong Shu ?
L’almanach traditionnel chinois. Il donne pour chaque jour la date lunaire, le binôme tronc-branche, la loge lunaire, et deux listes : ce qu’il convient de faire (yí) et ce qu’il faut éviter (jì).
Deux almanachs donnent-ils les mêmes jours fastes ?
Pas toujours. Plusieurs systèmes de qualification se superposent et se contredisent ; les règles d’arbitrage varient selon les écoles et les éditeurs.
Le Tong Shu prédit-il l’avenir ?
Non, même dans sa propre logique. Il prescrit des comportements rituels adaptés à l’état supposé du jour : c’est une grammaire de l’action, pas un oracle.
Pourquoi les mariages se concentrent-ils sur certains jours ?
Parce que les familles consultent l’almanach. L’effet est sociologique : la croyance concentre les décisions, ce qui ne valide en rien la méthode.
Peut-on suivre ses conseils médicaux ?
Non. Les indications de « jour favorable pour prendre un remède » relèvent du folklore. Toute décision de santé appartient à un professionnel.
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Sources : Wikipedia — Chinese almanac · Britannica — Almanac.