Les couplets de printemps 春聯
Deux bandes de papier rouge encadrent la porte, un caractère unique trône au milieu, parfois tête en bas. Les couplets de printemps sont l’image la plus familière du Nouvel An chinois — et l’une des moins bien comprises : ce sont des poèmes, avec des règles précises.
Deux bandes rouges de part et d’autre de la porte
À l’approche du Nouvel An chinois, les portes se couvrent de rouge. Les couplets de printemps — chunlian (春聯) — sont deux bandes de papier rouge calligraphiées à l’encre noire ou dorée, collées de part et d’autre de l’encadrement. Une troisième bande, horizontale, les surmonte souvent.
Ce ne sont pas de simples décorations : ce sont des poèmes. Chaque paire forme un distique parallèle, genre littéraire chinois à part entière appelé duilian. Les vers font le plus souvent cinq ou sept caractères et s’adressent à l’année qui commence : prospérité, paix du foyer, récoltes, santé des aînés.
Du talisman en bois de pêcher au papier rouge
L’ancêtre du couplet de printemps est le taofu (桃符), un talisman fait de deux planchettes de bois de pêcher suspendues à la porte. On y peignait les deux divinités gardiennes Shentu et Yulei, censées écarter les esprits malfaisants — une logique protectrice très proche de celle de la légende du monstre Nian.
Sous les Tang, on cesse peu à peu de se contenter des noms des dieux : on ajoute des formules de bénédiction. La tradition attribue le premier couplet de printemps connu à Meng Chang, souverain des Shu postérieurs, en 964 : « 新年納餘慶,佳節號長春 » — que la nouvelle année reçoive les bienfaits qui restent ; que cette belle fête s’appelle printemps éternel.
Le passage au papier rouge date des Ming. L’empereur Zhu Yuanzhang aurait ordonné que chaque maison de sa capitale en affiche, popularisant d’un coup un usage jusque-là lettré. Le rouge n’est pas choisi au hasard : c’est la couleur faste par excellence, comme le rappelle notre page sur les couleurs fastes et néfastes.
Anatomie d’un chunlian : droite, gauche, bandeau
La lecture d’un couplet obéit à une règle que beaucoup de visiteurs ignorent : on commence par la droite. Le vers d’ouverture, le shanglian, se colle à droite quand on fait face à la porte ; le vers de réponse, le xialian, à gauche.
Les deux vers doivent avoir exactement le même nombre de caractères et se répondre position par position : un nom fait face à un nom, un verbe à un verbe, une couleur à une couleur, un chiffre à un chiffre. Cette exigence de parallélisme est ce qui distingue le duilian d’une simple maxime décorative.
Au-dessus, le hengpi résume l’ensemble en quatre caractères : « les quatre saisons en paix », « le printemps revient sur la terre ». Dans l’usage traditionnel, il se lit lui aussi de droite à gauche — d’où d’innombrables discussions, chaque hiver, sur les réseaux sociaux chinois.
Le caractère Fu et la fortune « qui arrive »
À côté des couplets, un losange de papier rouge porte souvent un unique caractère : 福 (fú), « bonheur, félicité ». Et il est fréquemment collé à l’envers.
Le jeu de mots est limpide en mandarin : « renversé » se dit dào (倒) et « arriver » se dit également dào (到). Un fu retourné se lit donc fu dao le : « le bonheur est renversé » ou, tout aussi bien, « le bonheur est arrivé ». Le procédé est le même que celui qui fait servir un poisson au repas du réveillon ou qui rend le chiffre 8 si populaire — voir nos chiffres fastes et néfastes.
Plusieurs légendes revendiquent l’invention de la coutume : une maladresse rattrapée par l’impératrice Ma sous les Ming, un eunuque maladroit sauvé par la repartie d’un dignitaire sous les Qing, ou un serviteur du palais du prince Gong. Aucune n’est historiquement établie ; toutes disent la même chose — la Chine aime les calembours de bon augure.
Quand les coller, quand les enlever
Le collage fait partie du grand nettoyage de fin d’année. Selon les régions, on s’y met à partir du 23e ou 24e jour du douzième mois lunaire, et au plus tard le jour du réveillon, avant le repas du soir. Beaucoup de familles préfèrent le matin de la veille du Nouvel An.
Les anciens couplets sont retirés ou recouverts à ce moment-là : un chunlian est valable un an, et laisser un papier déchiré ou délavé passe pour négligent. En revanche, on évite soigneusement de les arracher pendant les premiers jours de l’an, période où l’on ne casse ni ne déchire rien — voir les interdits du Nouvel An chinois.
Ces gestes s’inscrivent dans le cycle plus large des fêtes traditionnelles chinoises, entre le réveillon et la fête des Lanternes, quinze jours plus tard.
Rouge, sauf en cas de deuil
Le rouge est la règle — mais il connaît une exception notable. Les familles en deuil ne collent pas de couplets rouges. Les usages, très variables selon les provinces, prévoient un papier blanc, bleu, vert ou jaune pendant les trois années de deuil, parfois selon une progression précise : blanc la première année, noir ou bleu la deuxième, vert la troisième, avant le retour au rouge.
Certaines communautés renoncent purement et simplement aux couplets cette année-là. Ces conventions rappellent que le papier de porte est aussi un signal social : en passant dans une ruelle, on lisait autrefois l’état d’une maisonnée à la couleur de son encadrement.
Un art populaire, pas un talisman garanti
Le chunlian est d’abord un exercice littéraire et calligraphique, aujourd’hui encore pratiqué bénévolement sur les places de marché, où des calligraphes écrivent les couplets des passants. Sa dimension protectrice appartient à la symbolique culturelle : coller un beau distique n’a jamais écarté un malheur ni garanti une bonne année, et rien dans cette tradition ne remplace un avis médical, juridique ou financier.
C’est aussi une belle porte d’entrée vers la langue : sept caractères, deux vers, un jeu de tons et un calembour suffisent à résumer tout un rapport au temps. Pour comprendre l’année qu’ils saluent, poursuivez avec le calendrier lunaire chinois ou avec le chunyun, ce grand retour au pays qui précède le collage des couplets.
Votre pierre selon votre signe
Questions fréquentes
Que signifient les couplets de printemps ?
Ce sont des distiques parallèles calligraphiés sur papier rouge et collés de part et d’autre de la porte au Nouvel An chinois. Ils formulent des vœux pour l’année : prospérité, paix, santé, bonnes récoltes.
De quel côté colle-t-on le premier vers ?
À droite quand on fait face à la porte. Le vers de droite (shanglian) ouvre le couplet, celui de gauche (xialian) lui répond, et le bandeau horizontal (hengpi) les surmonte.
D’où viennent les chunlian ?
Du taofu, un talisman en bois de pêcher orné de divinités gardiennes. La tradition attribue le premier couplet écrit à Meng Chang des Shu postérieurs en 964 ; le papier rouge s’impose sous les Ming.
Pourquoi le caractère Fu est-il collé à l’envers ?
Par jeu de mots : « renversé » et « arriver » se prononcent tous deux dao en mandarin. Un fu retourné se lit donc « le bonheur est arrivé ».
Faut-il vraiment retourner le Fu de la porte d’entrée ?
Des folkloristes chinois estiment que non : le fu de la porte principale devrait rester droit, le renversement étant réservé aux placards, jarres et portes intérieures. L’usage populaire est beaucoup plus souple.
Quand colle-t-on et enlève-t-on les couplets ?
On les colle entre le 23e jour du douzième mois lunaire et le réveillon. Ils restent en place un an et sont remplacés au Nouvel An suivant, jamais arrachés pendant les premiers jours de l’année.
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Sources : Wikipédia chinoise — 春聯 · Wikipedia — Fai chun · China Daily — où coller le caractère Fu à l’endroit.